Ateliers

Ces textes sont le fruit du travail collectif préparatoire aux différents ateliers. Ils sont le point de départ de nos réflexions sur les différents thèmes abordés.

 

L’instrumentalisation du religieux
et de la laïcité par l’extrême droite

La thématique publique de l’extrême droite depuis sa difficulté à assumer officiellement son antisémitisme après le traumatisme de la Shoah était celle du rejet de l’étranger. Mais comment sortir du racisme anti-arabe pour permettra à ses idées d’aller au-delà de sa sphère d’influence traditionnelle ?
A la suite des extrêmes droites néerlandaises à la Pym Fortuyn ou de l’UDC suisse, la haine de l’arabe rhabillée en critique de l’Islam a permis à l’extrême droite française de faire de thèmes légitimes et progressistes – dont elle était jusque là la première ennemie – ses chevaux de Troie dans la sphère publique :  la défense de la laïcité, des droits des femmes, des libertés… à des fins réactionnaires.
Pour l’extrême droite, les bénéfices sont multiples.
En pointant l’Islam comme l’ennemi des « valeurs française », elle peut en creux remettre en selle une hypothétique identité française. Elle permet à l’extrême droite catholique de remettre en selle « l’identité chrétienne de la France » comme un moindre mal face à l’islamisation (instrumentalisation dans le même mouvement du christianisme). Elle peut se réunifier contre un ennemi commun – de l’extrême droite païenne à l’extrême droite catholique en passant par l’opportuniste Front national, on dénonce l’islamisation de la France – en passant sous silence ce qui la divise.
Elle utilise les thématiques de ceux et celles qui étaient ses ennemi-e-s – les partisan-e-s de la laïcité, des droits des femmes, des libertés… – et les somme de choisir entre celles-ci et la défense des musulmans. Elle peut surfer sur des peurs réelles dans la population face à la plus grande visibilité d’une partie de la pratique de l’Islam, plus axée sur les rituels notamment alimentaires. La thématique de la laïcité est devenue emblématique de cette offensive de l’extrême droite face à certaines parties de la droite comme de la gauche qui ne savent plus très bien ce qu’elles mettent derrière ce terme et laissent l’extrême droite la définir à leur place, d’autres l’ayant transformé en thématique antireligieuse, tournant le dos à la dimension inclusive que lui avait donné les pères de la loi de 1905.
Une fois exposés ces éléments, comment répondre à cette offensive ? Comment articuler le droit de critique vis-à-vis de tous les courants de pensée – et donc aussi des religions -, la défense des libertés, des droits des femmes et de la laïcité sans se laisser instrumentaliser par le racisme visant les musulmans ? Comment combattre le racisme antimusulman tout en combattant les courants réactionnaires de toutes les religions ?

 

Dans la rue, le mouvement social
face à l’extrême droite

Il semble avant tout indispensable de définir ce que nous entendons par « la rue » dans cet atelier, afin de dissiper tout mal entendu sur ce sujet.
La rue doit être comprise comme un terrain de lutte pour le mouvement social au même titre que les entreprises, les lieux d’éducation et de formation ou les quartiers populaires. C’est un lieu de politisation et d’expression, où les organisations du mouvement social peuvent s’afficher, vendre leurs presses ou simplement distribuer des tracts. La politique peut même y apparaître de façon moins conventionnelle, comme à travers les tags par exemple, mais en étant tout aussi importante pour créer une atmosphère combative dans la classe laborieuse. La rue est également un lieu de combat historique pour le mouvement ouvrier, qu’il s’agisse de manifestations, d’occupations, voire même d’émeutes.
Cet espace, par la dimension historique des luttes qui s’y sont déroulées, possède donc une valeur symbolique de résistance que nous ne pouvons abandonner aujourd’hui à l’extrême droite, pas plus que nous ne pouvons les laisser accaparer ce terrain et nous y menacer.
L’extrême droite est en effet depuis quelques années à la reconquête de la rue. On retrouve plus souvent les organisations radicales aux avant postes ; le FN, œuvrant à lisser l’image du parti, ne s’y illustre pas particulièrement. Deux types de tactiques sont développés par l’extrême droite radicale.
La première consiste à s’attaquer aux symboles antifascistes. Les identitaires détournent ainsi depuis deux ans la date du 18 juin pour en faire une journée de « résistance » à l’islamisation, par des rassemblements. En 2010, ils prétendaient même manifester à la Goutte d’Or, quartier populaire bien connu de la capitale. Dans le même esprit, Bruno Gollnisch et Marine Le Pen ont organisé à plusieurs reprises leurs conférences de presse à Saint-Denis, ville historiquement antifasciste. Il ne s’agit là que d’exemples, mais ces incursions dans les quartiers populaires et le détournement de dates antifascistes, prouvent bien que l’extrême droite tente de brouiller, dans la rue, les lignes de front de la lutte des classes.
La seconde tactique des nationalistes est plus classique, mais peut s’avérer dangereuse pour les militant(e)s du mouvement social, ou pour de simple travailleur(se)s immigré(e)s. On recense en effet une augmentation significative des violences d’extrême droite, dans plusieurs régions de France. Les cas les plus emblématiques sont probablement Chauny en Picardie, où les skinheads nationalistes s’attaquent régulièrement aux enfants d’immigré-e-s, et Lyon. Dans cette ville, les militant(e)s syndicalistes ou politiques accumulent plusieurs centaines de jours d’ITT (interruption temporaire de travail), suite à des agressions fascistes, qui peuvent prendre des tournures extrêmement graves. A Lyon, lors du rassemblement des « cochons » identitaires, en 2011, nous avons assisté à un niveau de violence inédit, avec des émeutiers s’attaquant à des commerces d’immigrés… Ses violences sont souvent comprises dans une stratégie de création de « ghettos » blancs, dites « zones nationalistes ». A Paris, Troisième voie et les identitaires tentent ainsi de faire du XVe arrondissement leur quartier, en s’appuyant sur leurs locaux, sur certains bars et commerces.
Le mouvement social a depuis le début réagit, avec plus ou moins de succès et en suivant différentes pistes : actions directes, manifestations, travail d’information dans les quartiers ciblés par l’extrême-droite, interpellation des préfectures… Nous pouvons donc dès maintenant faire un premier bilan et tracer des perspectives pour les années à venir.

Axes de l’atelier
1) Définition de la rue comme terrain de lutte et de ses enjeux
2) L’extrême droite à l’offensive dans la rue
3) Ripostes antifascistes, bilan et perspective
Avec la participation de militant(e)s de collectifs antifascistes

 

Les extrêmes droites européennes
Quelles situations, quelles évolutions, quelles résistances?

Cet atelier tentera de faire un point non exhaustif sur la situation actuelle des groupes d’extrême droite en Europe, leur diversité, leurs idéologies, leurs pratiques et leurs importances, mais sera également axé sur les forces militantes antifascistes et antiracistes européennes.
Depuis quelques années, voire quelques décennies, le paysage politique européen voit la montée d’une nouvelle d’extrême droite dites populiste : Le PVV (Parti pour la liberté) et son leader Gert Wilders aux Pays-Bas, le FPÖ (Parti autrichien de la liberté) en Autriche, l’UDC (Union démocratique du centre) en Suisse, ou encore le LAOS (Alerte populaire orthodoxe).
Ces partis clairement xénophobes, racistes et conservateurs ont pour particularité de ne pas se désigner eux-mêmes comme d’extrême droite, mais plutôt, issus d’une droite populaire. Ces partis participent parfois aux gouvernements nationaux (le LAOS comptait jusqu’à récemment plusieurs ministres dans le nouveau gouvernement grec), et peuvent parfois avoir des scores électoraux significatifs : Le FPÖ autrichien fit ainsi 12,9% aux élections européennes en 2009, alors que l’UDC atteint 29% aux élections cantonales suisse de 2007 et que PVV hollandais est aujourd’hui considéré comme la troisième force politique du pays. Ce dernier a ainsi récemment lancé une campagne de délation contre les migrants d’Europe de l’Est via des sites Internet et a reçu le soutien du gouvernement…
Ces partis d’extrême droite peuvent donc avoir une influence réelle sur des politiques gouvernementales nationales ou même aller jusqu’à faire du lobbying au parlement de l’Union européenne, en matière de durcissement des lois sur l’immigration par exemple. On notera que certains d’entre eux, tel le LAOS, font parti de regroupement de partis xénophobes au parlement, comme le groupe Europe, Liberté, Démocratie. D’autres, à l’instar du PVV ou du FPO, rejoindront la stratégie du Front national (FN) français ou du British National Party (BNP), son équivalent au Royaume-uni, préférant se désigner comme appartenant au « mouvement des droites patriotiques ».
Des liens entre ces différents groupes sont connus : le souverainiste nationaliste Nicolas Dupont-Aignant a ainsi récemment été rencontrer des dirigeants du LAOS. Les liens entre le FN et ses homologues autrichiens ou encore russes sont également avérés.
En effet, certains de ces groupes partagent un certain nombre de points de vue idéologiques : l’antisémitisme traditionnel de l’extrême droite tente d’y être amoindri, les principaux axes politiques communs sont alors la xénophobie, le protectionnisme national et le fantasme du Choc des civilisations d’Huntington : la menace de l’islamisation de l’Europe. Certains de ces groupes font partie de l’European Freedom Alliance, think thank de « défense des valeurs occidentales et de résistance contre l’islamisation du monde ».
Mais l’extrême droite européenne est aussi présente sous d’autres formes d’organisation politique, comme les groupes régionalistes. En Italie, le mouvement de la Ligue du Nord (ayant déjà participé au gouvernement national et ayant des députés à l’assemblée), en Belgique, le parti régionaliste flamand Vlaams Belang,… Ces groupes, à l’image de ce que voudrait réaliser le BI (Bloc identitaire en France) se battent avant tout pour la défense d’une identité régionale plutôt que nationale. Ils sont tout aussi populistes, xénophobes et racistes et violents mais militent pour la sécession de certaines régions.
D’autre part, des groupuscules plus radicaux existent également dans la nébuleuse de l’extrême droite européenne : ces groupes peuvent avoir des revendications et des pratiques très variées : Certains se revendiquent du national-socialisme, d’autres du fascisme, d’autres d’un ultranationalisme. Leur point d’accord est avant tout un racisme, un antisémitisme et une homophobie exacerbés, une volonté de « défense de la race blanche », et de combat contre l’islam. On peut citer certains de ces groupuscules marquant (même s’il serait bien trop long de tous les nommer ici) : Le NPD (Parti national-démocrate) allemand, le mouvement Casapound en Italie, Nation en Belgique ou encore le mouvement néo-nazi Hammersmith en Europe du Nord.
Malgré des divergences, des communications existent aussi entre ces groupes. Par exemple, il n’est pas rare que des groupes nationalistes étrangers viennent parader à la manifestation nationaliste du 9 mai à Paris. Ces groupes peuvent parfois se revendiquer « d’inter-nationalistes ». Ces groupes peuvent avoir des pratiques ultra-violentes (chasses aux Roms en Italie et en Europe de l’Est, Pogrom antimusulmans en Serbie…)
Enfin, il faut aussi noter la recrudescence récente de cas d’attaques violentes de la part de militants fascistes isolés, comme par exemple les attentats d’Anders Behring Breivik en Norvège ou le double assassinat de vendeurs sénégalais sur un marché de Florence en Italie, par Gianluca Casseri, ancien militant de la Casapound.
Il n’y a donc pas cohérence et liens très forts entre la multitude de partis et groupuscules d’extrême-droite en Europe mais une constante de plus en plus forte se dégage : l’islamophobie. Une autre constante est la relative mais progressive montée de ces groupes dans toute l’Europe.
L’autre but de cet atelier sera d’aborder le rôle des militant-e-s antifascistes européen-ne-s, leurs forces, leurs moyens d’actions.
Intervenant-e-s préssenti-e-s : Dominique Vidal (journaliste, Le Monde diplomatique), un-e militant-e-s antifasciste européen-ne, René Monzat ( journaliste)

 

Féminismes et combats LGBT
L’extrême droite et la question du genre

Classes, races, sexes, même combat !

Du fait de ses valeurs virilistes, sexistes, hétérocentrées, l’extrême droite s’est toujours positionnée contre l’émancipation des femmes et pour la discrimination des minorités sexuelles.
De la déportation des homosexuel(le)s, récemment niée par le député Christian Vanneste, aux mobilisations rétrogrades des opposants aux droits à l’avortement (manifestations contre le centre IVG de l’hôpital Tenon, récurrentes Marches pour la Vie), la pensée fascisante des droites les plus radicales a toujours cherché à se draper de l’autorité des lois de la nature pour légitimer son projet de société intolérant et patriarcal. Aujourd’hui encore, l’extrême-droite base son projet de société sur la cellule familiale hétérosexuelle, dite naturelle, consacrée par le mariage.
Derrière, par exemple, l’apparente ouverture du FN qui présente une femme comme candidate à la présidentielle,  rien ne semble changer dans leur programme. Ce parti porte toujours un projet dans lequel on ne trouve aucune mention faites aux problèmes des minorités sexuelles, ni pour les femmes qui refusent d’être enfermées dans une image archaïque de mère. Dans le programme de Marine Lepen, sont inscrits entre autres l’interdiction du mariage et de l’adoption pour les gays et lesbiennes, mais aussi la fin du remboursement de l’avortement.
Encore plus à droite, c’est pire : agressions physiques sur des participant-e-s à la Gay Pride, discours homophobes qualifiant les pratiques LGBT de « déviance », manifestations contre le mariage gay… Il s’agit bien d’enfermer hommes et femmes dans une identité standard et d’intimider ceux qui entendent vivre librement.

Pourtant, toutes ces catégories et les lois qui en découlent s’avèrent être des constructions sociales, souvent au service de l’ordre moral et des intérêts politiques des dominants.
Désormais, la question du genre fait son entrée dans les programmes scolaires des sciences de la vie et de la terre. Du côté des sciences sociales, les gender studies confirment depuis quelques décennies le parallèle entre toutes les discriminations, qu’elles soient de classes, de races, ou encore de sexe.
Les minorités de genre et de sexualité osent affirmer leur présence et lutter pour leurs droits.

Pour nous, militants progressistes, il est fondamental d’être à la pointe de ces luttes, solidaires de toutes les égalités.
Quand les réactionnaires tentent encore de nous faire peur en nous annonçant le chaos qu’entraînerait la chute du patriarcat phallocrate, il s’agit pour nous de comprendre les enjeux d’émancipation pour tous dans les luttes de ces prétendues minorités, que ce soit la domination masculine ou l’homophobie, qui vont de pair.
En quoi la soumission aux normes dites « traditionnelles » sont-elles un fondement des idéologies  d’extrême droite que nous voulons combattre ?
Face aux pressions sur les militants des minorités sexuelles et de genre, quelles ripostes organiser ?

 

Nous vous invitons à venir en débattre !

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